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Asuncion, Paraguay
Berloujam: Bernard, Marilou, et Najam. Ou devrais-je dire Yaberloujam... depuis l’arrivée de notre petite Saya. Venez partager notre histoire made in Paraguay. Vie quotidienne au rythme suavecito, des moustiques, du téréré, des voyages, et 2 paraguayitos venus pimenter le tout. Tranquilo no mas!

21 mai 2012

MAI, Une étoile est née


« Le maté est exactement le contraire de la télévision. Quand vous êtes en compagnie de quelqu’un, il vous incite à discuter. Quand vous êtes seul, il vous invite à réfléchir. »

L’automne est là ! Et on reprend de maté avec plaisir…
Le maté c'est quoi déjà? click!

Je lisais dernièrement un livre reprenant les confessions de Mirta Bertotti, une Argentine qui a écrit un blog sur sa famille et sa vie entre septembre 2003 et juillet 2004. Le post du 8 janvier décrit de façon éloquente le rituel du maté. Ceux qui ont vécu assez longtemps dans les régions subtropicales d’Amérique latine (Argentine, Uruguay, Paraguay et sud Brésil), là où pousse la yerba maté s’y retrouveront certainement.

8 janvier 2004

Zacarias et moi buvons du maté. En permanence. A n’importe quelle heure. Les fois où nous avons été sur le point de nous quitter, les fois où un nouvel enfant est arrivé à la maison, la fois où on l’a viré de son travail, la fois où l’Argentine a été championne du monde, la fois où les tours jumelles se sont écroulées. Quand maman est morte… Entre Zacarias et moi, il y a eu des jours où on ne s’est pas fait de bisou le matin, des semaines où on ne s’est pas adressé un mot, des mois entiers où on ne s’est pas mélangé les poils, de longues années sans un sou en poche. Mais, dans notre vie de couple, il n’y a jamais eu une seule journée où on ne s’est pas assis en silence pour prendre du maté.
Le maté n’est pas une boisson, mes chéris qui habitez dans d’autres contrées. Enfin si. C’est un liquide qu’on absorbe par la bouche. Mais ce n’est pas une boisson. Dans ce pays, on ne boit pas de maté pour étancher sa soif. C’est plutôt une habitude, comme de se gratter. Le maté est exactement le contraire de la télévision. Quand vous êtes en compagnie de quelqu’un, il vous incite à discuter. Quand vous êtes seul, il vous invite à réfléchir. La première phrase que vous prononcez quand quelqu’un arrive chez vous, c’est « Bonjour », et la deuxième « Un maté ? ».
C’est pareil dans toutes les maisons. Chez les riches comme chez les pauvres. Chez les peaux de vaches et les mégères comme chez les forts en thème et les immatures. Chez les vieux des services gériatriques et chez les adolescents pendant qu’ils font leurs devoirs ou qu’ils se droguent. C’est la seule chose que partagent les parents et les enfants sans discussion ni reproches. Péronistes et radicaux font infuser le maté sans se poser de questions. En été comme en hiver. C’est le seul point où victimes et bourreaux, gentils et salauds se rejoignent.
On commence à donner du maté à un enfant dés qu’il en réclame. Caio a commencé à cinq ans. Sofi à neuf. Nacho à trois. On le leur donne tiède et très sucré, ça leur donne l’impression d’être grands. On se sent tellement fier quand un petit morveux de son sang commence à boire du maté. On est ému jusqu’aux larmes. Ensuite, au fil des années, ils choisiront de boire amer, sucré, très chaud, froid, à l’écorce d’orange, à la menthe, avec un filet de citron.
Quand on rencontre quelqu’un pour la première fois, on boit quelques matés ensemble. Quand on ne se connait pas bien, on demande : amer ou sucré ? Et la personne répond : comme toi.
Quand je vous écris, j’ai toujours mon maté à côté du clavier. Je lis vos commentaires avec le maté à portée de main. En Argentine et en Uruguay, les claviers sont toujours pleins d’herbe à maté. L’herbe, c’est la seule chose qui ne manque jamais, dans aucun foyer. Qu’il y est de l’inflation, que les gens aient faim, que les militaires soient au pouvoir, que la démocratie soit revenue, quels que soient nos fléaux et nos sempiternelles malédictions, le maté ne vient jamais à manquer. Si un jour, on est à cours de maté, on va voir le voisin qui en a à tous les coups. On ne refuse de l’herbe à personne. Même pas à la vieille Monforte.

El Paraguayito: Najam, notre étoile né le 06 mai 2012
Notre fils a grandi in utéro avec le maté, mes parents y ont goûté en attendant sa venue.


Aujourd’hui,  on apprécie le maté à l’heure de sa sieste et en écrivant le blog…